vendredi 23 mars 2018

Si la solitude tue, le contact social guérit

Pur écrire cet article, je m’isole. Un réflexe sain, diriez-vous, mais ce n’est pas le cas.

Margot Vanfleteren, entrepreneuse, étudiante en sciences de la santé et membre du Groupe du Vendredi

Chaque année, de plus en plus de gens meurent des conséquences de la solitude. Pourtant, chacun possède généralement un cercle étendu d’amis – sur Facebook. L’île de Sardaigne compte six fois plus de centenaires que le reste du monde. La psychologue Susanne Pinker affirme qu’en raison des relations étroites sur l’île, les gens ressentent notamment moins de stress. De ce fait, ils vivent plus longtemps et ont de meilleures chances de survivre à des maladies comme le cancer, par exemple. La solitude apparaît donc comme une menace pour notre santé publique. Si la solitude est une menace pour la santé publique, nous devons rapprocher les gens. Relier fait vivre.

Dans le passé, les maladies infectieuses étaient une priorité pour la politique de santé. La protection des personnes était une étape logique afin d’empêcher la propagation de ces maladies. Si l’interaction sociale ne peut pas prévenir les affections telles que les maladies cardiovasculaires et le cancer, elle augmente les chances de guérison.

Selon Susannne Pinker, on a quatre fois plus de chances de survivre à un cancer du sein lorsqu’on a de nombreux contacts sociaux que lorsqu’on se sent seul. Une personne sur trois se sent seule; elle n’a pas de voisin à qui parler. Pour celles-ci, le cancer est plus menaçant que pour les personnes ayant de nombreuses interactions sociales. En Belgique, la plupart des gens meurent d’un cancer ou d’un suicide. L’intégration sociale a donc un effet (partiellement) protecteur sur ces deux causes de décès.

Une personne sur trois se sent seule; elle n’a pas de voisin à qui parler. Pour celle-ci, le cancer est plus menaçant.

Des hormones à l’effet durable

Le contact physique personnel libère de l’oxytocine, de la vasoprine et de la dopamine dans le corps. Ces hormones diminuent le stress, réduisent la douleur et augmentent le plaisir. De plus, leur effet semble durable: non seulement au moment du contact personnel, mais aussi à plus long terme, ces hormones aident à lutter contre le cancer du sein ou la douleur.

L’intégration sociale offre également des avantages à un âge avancé. Les personnes ayant une vie sociale sont moins exposées au risque de démence. Sachant qu’une personne atteinte de démence est diagnostiquée toutes les quatre secondes quelque part dans le monde, l’engagement en faveur de l’intégration sociale est loin d’être un luxe.

Tel est le paradoxe de l’ère des réseaux sociaux: nous sommes plus que jamais connectés et moins que jamais intégrés, socialement parlant.

Comment la politique belge peut-elle tirer parti de cette prise de conscience? Pour commencer, nous pouvons organiser nos villes différemment, explique Susanne Pinker. Construire des maisons plus proches les unes des autres afin que les gens soient, en quelque sorte, liés. La focalisation sur les centres communautaires, les clubs sportifs, les associations de jeunesse et les projets de quartier qui organisent régulièrement des activités peut également créer du lien. L’art et la musique ont également ce pouvoir. Dès lors, faut-il davantage de musique? Celle-ci offre, en effet, divers avantages pour la santé, tels qu’une meilleure mémoire et moins de cortisol, l’hormone du stress. Demandez à Erik Scherder: il en parle volontiers dans son livre "Singing in the brain".

Tel est le paradoxe de l’ère des réseaux sociaux: nous sommes plus que jamais connectés et moins que jamais intégrés, socialement parlant. Nous parlons sans comprendre; nous entendons. Nous voyons, sans sonder l’âme de l’autre. Il est temps de se réunir et de mettre un terme à la polarisation.

Si l’interaction sociale ne peut pas prévenir les affections telles que les maladies cardiovasculaires et le cancer, elle augmente les chances de guérison.

En effet, cette solitude nous transforme jusque dans nos cellules et nous rend vulnérables à toutes sortes d’attaques. Si nous voulons bénéficier longtemps d’une bonne qualité de vie, nous devrons vivre ensemble et entrer en contact avec nos semblables en nous regardant droit dans les yeux et non à coup de "likes" sur Facebook.

Investissons dans le capital socioculturel afin de devenir des personnes meilleures et en meilleure santé. Et attaquons-nous à l’une des plus grandes menaces pour l’Humanité: la solitude.