jeudi 04 février 2016

Un mur de 2 km de long sépare les écoles francophones et néerlandophones de Bruxelles

Bruxelles, le 5 février 2016. Le Groupe du Vendredi, un groupe de réflexion animé par des jeunes engagés et provenant - d’horizons divers, a pu identifier par le biais d’une analyse de géolocalisation, 90 écoles bruxelloises séparées par des « barrières ». Les cours de récréation, les réfectoires ou les couloirs sont physiquement séparés par des murs, des grillages ou des lignes rouges pour délimiter les zones réservées aux enfants de l’enseignement francophone et celles réservées aux enfants de l’enseignement néerlandophone. Ils estiment qu’un mur, bien réel mais invisible pour la majorité des citoyens, de plus de 2 km traverse la capitale. Environ 30 000 enfants sont confrontés quotidiennement à ces barrières physiques. Le mur divise les enfants en deux camps et la réglementation n’est en outre pas cohérente, ce qui est au désavantage de la jeunesse bruxelloise. Le Groupe du Vendredi lance plusieurs propositions pour améliorer la situation à court terme et plaide pour une collaboration structurelle plus profonde entre l’enseignement francophone et néerlandophone à Bruxelles. C’est ce qu’on peut lire aujourd’hui dans son dernier rapport.

'Tear down this wall'

Le Groupe du Vendredi a pu mettre la main sur les coordonnées géographiques de toutes les écoles de la Région de Bruxelles-Capitale. Via une analyse de géolocalisation, ils ont retrouvé les écoles francophones et néerlandophones, qui aujourd'hui ont des adresses différentes, mais constituaient, il y a 50 ans encore, une seule et même école. Lorsqu’ils se sont rendus sur place, ils ont constaté que les cours de récréation, les réfectoires et les couloirs étaient physiquement séparés par des murs, des grillages ou des lignes rouges. Ils ont réalisé

une vidéo qui peut être visualisée sur le site Internet www.groupeduvendredi.be

 

education-in-brussels-map.jpgLe Groupe du Vendredi explique : « Les murs sont la réalité quotidienne d’environ 30 000 enfants. Près d’un adulte sur dix de moins de 45 ans qui est allé à l’école à Bruxelles, a été confronté à ces murs communautaires. Ces murs répartissent les élèves en deux camps et les empêchent de pouvoir vivre pleinement la diversité linguistique de Bruxelles. Bien entendu, nous n'ignorons pas le contexte historique qui a conduit à la ségrégation de certaines écoles, mais nous sommes tout aussi convaincus que de telles pratiques devraient aujourd’hui définitivement appartenir au passé. En Europe, et certainement dans sa capitale, la construction de tels murs ne peut persister. Il relève de la responsabilité de notre génération de détruire des murs qui divisent les communautés. Depuis la communautarisation, la société bruxelloise a radicalement changé. Bon nombre d'élèves bruxellois sont actuellement originaires de communautés étrangères à la guerre froide linguistique belgo-belge. Bruxelles a, un peu à l’instar de Berlin en 1987 avec (l'intervention de) Ronald Reagan, besoin d'un moment « Tear-down-this-wall ».

Absurde

Le rapport est toutefois bien davantage qu’un plaidoyer pseudo-romantique en faveur d'une plus grande cohésion entre les communautés (scolaires) bruxelloises. Il en ressort notamment qu’il semble existe un mur impénétrable entre des réglementations qui mènent à des situations absurdes. Le Groupe du Vendredi explique : « si une école néerlandophone souhaite organiser la fête de son école avec une école francophone de la rue, elle perd ses subventions. Une personne qui dispose d'un diplôme de philologie romane et d'une agrégation de l’ULB ne peut être nommée dans l’enseignement néerlandophone à Bruxelles. Un diplômé en philologie germanique et agrégé de la VUB ne peut, quant à lui, être nommé dans une école francophone, alors que l’enseignement francophone est confronté à une pénurie de professeurs de néerlandais de qualité. »

Utopie

Tout comme la Région de Bruxelles-Capitale, la Catalogne a deux langues officielles : le catalan et le castillan. Contrairement à la situation bruxelloise, le système d’enseignement catalan garantit toutefois l’enseignement des deux langues officielles. Le Groupe du Vendredi: « L’exemple catalan montre qu'il est possible d’introduire un système d’enseignement bilingue dans une région bilingue. La diversité linguistique ne sert alors pas de critère pour séparer les enfants les uns des autres, mais constitue au contraire une richesse et un fondement commun permettant aux enfants d’atteindre un bilinguisme efficace malgré leur origine communautaire. Bien qu’un débat ait vu le jour il y a quelques semaines en ce qui concerne la régionalisation de l’enseignement bruxellois, nous sommes conscients qu’une telle évolution changement n’est pas pour demain. Mais la régionalisation de l’enseignement à Bruxelles mérite un véritable débat de fond. Par ailleurs, nous formulons également dans le rapport une série de recommandations concrètes qui peuvent être implémentées à court terme. Au final, la « Realpolitik » a aussi pris le dessus sur l’idéologie durant la guerre froide. »

Recommandations

  1. Promouvoir une gestion commune de la surveillance et des locaux
  2. Permettre l’organisation d’événements communs en dehors des horaires scolaires
  3. Encourager et récompenser l’échange des professeurs de langues
  4. Proposer une formation qui permet aux enseignants bilingues de travailler dans les deux communautés
  5. Introduire la langue maternelle (ou une troisième langue d’enseignement) pour certains cours
  6. Transformer la prime pour les enseignants néerlandophones en une subvention pour le logement à Bruxelles
  7. Obtenir des données spécifiques sur la Région de Bruxelles-Capitale dans des études internationales consacrées aux prestations scolaires

En savoir plus?

Brieuc Van Damme, président
brieuc@v-g-v.be
+32 495 51 33 71

Consultez le mini site Internet

Téléchargez le rapport

Regardez la vidéo ici